Il n’y a pas si longtemps …
LA CIDR… Vivre et travailler dans une communauté de lépreux (1973 /1975)



A la sortie de mon service militaire, mon père me présente Bertrand de La Roque de Séverac, un aristocrate, neveu du Colonel De La Roque que j’ai considéré comme mon premier maitre. Il m’embauche rapidement, sous réserve d’un stage, comme responsable audiovisuel de sa société de développement rural dans le « tiers-monde ». Elle était située à Autrèches dans l’Oise, construite autour d’une communauté de lépreux d’une vingtaine de personne dans laquelle, j’ai vécu 2 ans et demi. Cette communauté servait de lieu de stage pour les candidats à la CIDR, l’idée étant que ceux qui se comportaient bien dans cette communauté, se comporteraient bien dans le « tiers monde ».
J’y ai appris et enseigné la technique du flanellographe, « produit » un film à base de photos d’un grand photographe suisse qui se fabriquait près de Clermond-Ferrand, j’ai accompagné pendant 4 mois notre ingénieur agronome au Tchad pour une mission de la BIRD sur les centres de formation agricole.
UNICITÉ – La société de production du PC
(1976 – 1978)
Je quitte la CIDR avec un an de chômage et j’accepte un poste de stagiaire à UNICITÉ, la société de production du Parti Communiste Français, pour préparer la fête du XXIIème congrès du PCF. A l’issue, on m’embauche comme directeur de production, poste que j’exercerai pendant deux ans. J’y rencontre le patron Jacques Bidou qui aura une grande influence sur ma vie et mes boulots.
Un dimanche indécis dans la vie d’Anna 1979


Quelques mois après avoir quitté Unicité, un de ses responsables me contacte pour me présenter Jean-André Fieschi. Cinéaste, journaliste, longtemps secrétaire de rédaction aux Cahiers du Cinéma, il deviendra un de mes maitres les plus importants.
Jean-André, JAF, me dit que le metteur en scène Jacques Lasalle, une des stars du théâtre de l’époque, a un projet un peu fou : Il rassemble une troupe, comédiennes et comédiens, veut écrire une pièce de théâtre au jour le jour et faire répéter les personnages au fur et à mesure. Il veut aussi que ce processus soit filmé dès le premier jour. Même salaire pour tout le monde. Les répétitions sont prévues pour deux mois, de midi à 20 heures dans la salle du Petit théâtre de Chaillot.
JAF fera l’image avec une paluche, un simple tube vidéo relié à un enregistreur à bande 1/2 pouce. La visée se fait via un petit moniteur accroché par une bretelle autour du cou. Il me propose de faire le son.
N’ayant aucune connaissance dans le métier d’ingénieur du son, j’accepte immédiatement.
Commence une plongée en apnée qui va durer des semaines. Sur cette scène du palais de Chaillot, un groupe de comédiens magnifiques : Françoise Lebrun (la maman et la putain - Eustache), Dominique Labourier (Céline et Julie vont en bateau - Rivette) Jean-Claude Dreyfus (Délicatessen - Jeunet), Maurice Garrel, Jean-François Stevenin. Nous sommes au plus près d'eux pour saisir les plus fines de leurs émotions. C'est troublant et fort.
Le soir JAF et moi filons chez lui regarder les rushes de la journée. Nous nous couchons souvent vers 3 ou 4 heures du matin. Rebelotte le lendemain.
Nous arrêtons le tournage à veille de la première.
L'été suivant, on nous prête une salle de montage à Marseille. J'y pars avec Juliette et Valéria, sa nounou brésilienne. Cela prendra des semaines pour accoucher dans la douleur d'un film de 180 minutes en vidéo N&B...
Nous le projetons à la troupe à Beauregard pendant un week-end (cf photo).
JAF réussit ensuite à le faire programmer à l'Action république à Paris, dans une salle aménagée avec une dizaine de téléviseurs répartis dans la salle.
Succès auprès de quelques intellectuels et fans de théâtre.
La pièce elle-même ne sera pas bien accueillie. Ci-dessous la critique du Monde :
"La soirée et la journée entière que Jacques Lassalle inflige au public, ce long week-end ennuyeux avec Anna, jeune femme divorcée aux prises avec un ex-mari qui voudrait récupérer la garde de leur fille, se termine par un aphorisme du genre : " Je te laisse à la méfiance du monde et à ta cruelle solitude ", mélodramatiquement écrit au marqueur noir par Marc, son amant, journaliste en mal de littérature et qui a du mal à vivre.
Entre-temps, son père et une amie du même âge, sa voisine du dessus, seront allés et venus sur la scène, un appartement dont il faut savoir qu'il comporte trois pièces : style " précaire " de gauche, acier dépoli, lampes à la mode, chaîne hifi et jolis coussins, genre dépouillé où on s'asseoit par terre (décor rose pâle signé Yannis Kokos). La copine est aussi a paumée " que l'héroïne, chante dans un cabaret, assez mal à en juger par les échantillons qu'elle offre de son art ; elle est également seule pour élever son fils. Le père, provincial pataud et peu intéressant, n'a d'autre raison objective d'être là que le hasard. Il est un inconnu pour Anna (ô psychanalyse). Ces cinq personnages sans véracité échangent des banalités prétendument lucides ; ils sont, au sens propre du mot, en quête d'auteur."
Jacques Lassalle - metteur en scène dont on a souvent loué le talent - n'est certainement pas un écrivain de théâtre. Et il faut être désolé pour Françoise Lebrun, Dominique Labourier, Jean-Claude Dreyfus, Maurice Garrel et Jean-François Stevenin : ces comédiens se sont engagés à défendre longuement un texte faible. Jacques Lassalle, dans son " topo " de présentation dit aimer Ozu, le cinéaste, Boubat, le photographe, Chardin, le peintre, il se réfère à Jean Rhys et à Doris Lessing, femmes de plume. Il admire visiblement Woody Allen, le réalisateur d' " Annie Hall ". Mais la vérité du quotidien n'est pas facile à atteindre. Lassalle devrait se souvenir de Tchékhov et choisir d'autres textes que les siens. Il n'est pas Peter Handke. Il ennuie avec son réalisme prosaïque.
MATHILDE LA BARDONNIE
Scope 4 – Roger Louis, 3 mois dans une Centrale Nucléaire (1979 – 1980)
J’ai mon statut d’intermittent du spectacle. Je fais divers boulots, dont l’équipement en caméras Super 8 étanches de deux bateaux qui vont faire la Transat en solitaire.
Je fais l’assistant de Roger Louis, une vedette du petit écran, viré en 1968 pour ses idées de gauche. Nous passons tous les deux 3 mois dans la centrale nucléaire du Bugey pour interviewer longuement les personnels sur les causes humaines des incidents nucléaires. Nous passerons la nuit de Noël dans la salle de contrôle de la centrale.
Radio G – Diriger une radio libre (1981 – 1984)
Journaliste – Le Journal d’en France –1985 – 1986
Le réalisateur Raoul Sangla a réalisé en 1981/82 sur Antenne 2, une série d’émissions « Le Journal d’en France ». Un journal télévisé fait par de « vraies gens » qui se réunissent pour mettre au point les diverses séquences. Il peut reprendre ce concept dans le cadre de préfiguration de télévisons locales. Il m’embauche comme journaliste présentateur de cette émission : Nous en ferons plusieurs dans le sud de la France (Miramas, Port St-Louis du Rhône, Martigues, St-Mitre les Remparts…). Pour chaque émission, il faut une longue préparation, identifier et former les groupes qui définiront une rubrique etc. Le tournage est épique puisque Sangla ne tourne qu’avec 1 seule caméra. Il répartit les groupes en alternant les rubriques. Journaliste et caméra se déplacent le long de cette chaine. Un seul plan séquence de 90 minutes en direct, sans répétition !
J’y rencontrerai un opérateur nommé Gilles Sourice qui garde un souvenir fort de ces performance.
Avec lui, nous partirons quelques mois en Guadeloupe, pour « Le journal d’en Guadeloupe », 13 émissions dans les principales villes des îles. Une plongée passionnante au coeur des préoccupations des gens.
C’est là que se nouera ma relation avec Payette, l’assistante de Raoul.
Les matins chagrins – 1987 – 1988 – Producteur de fiction
Jean-Pierre Gallepe écrit un scénario subtil avec Jean-Claude Izzo (journaliste, écrivain – La trilogie marseillaise – cf wikipedia) qu’ils situent à Gennevilliers, dans l’univers de Radio G. A l’époque nous colocations avec Jean-Pierre dans le Marais. Il me demande de produire le film. Une première pour moi. C’est un film difficile, une histoire sombre de désillusion des espoirs politiques communistes.
Créer une société, obtenir le statut de producteur. Deux bonnes années de travail, une longue préparation, une équipe technique avec beaucoup de copains, des acteurs et actrices acceptant des salaires minimalistes, un financement tiré par les cheveux, un tournage passionnant à Gennevilliers que nous connaissons bien. Un long montage, des visionnages difficiles, le film ne plait pas beaucoup aux distributeurs. Le film, intéressant et courageux, ne trouvera pas son public.



JBA Productions – Papouasie Nouvelle Guinée – 1988 – 1991
Je travaille dans la société créée par Jacques Bidou, comme directeur de production. Nous produisons principalement des documentaires. Mais à la création d’Arte, Jacques propose de produire le premier film de fiction de Papouasie Nouvelle Guinée : « Tinpis Run », réalisé par Pengau Nengo. J’irais là-bas plusieurs semaines refaire le budget bâclé par le producteur local et démarrer le tournage.
Point du Jour (1992 /1995)
Vis-à-Vis – Dialogues en visio (1992/1994)
← Bande annonce du premier Vis-à-Vis [Clic]
En 1992, faire dialoguer avec l’image deux personnes en situation particulière à deux bouts du monde était une gageure. Seuls les systèmes satellitaires, très couteux le permettaient. Mais un ami américain de Patrice Barrat, Kim Spencer, avait découvert aux USA, une société qui avait mis au point une machine (20 kg dans un flight case) qui numérisait le signal vidéo et l’envoyait via des lignes téléphoniques. D’où l’idée de faire se rencontrer deux personnes à deux bouts du monde à propos de leur situation, leur quotidien, les difficultés rencontrées…
France 3 cherchait un programme mensuel en Première partie de soirée. Le contrat fut signé pour 12 émissions. Vis-à-Vis était né.
Restait à mettre au point des scenarii et leur faisabilité technique.
Patrice, que j’avais rencontré dans des diners, soirées, m’a écrit un jour pour me demander si ce projet m’intéressait. C’est ainsi que j’ai quitté JBA productions pour intégrer Point du Jour.
C'est ainsi que j'ai quitté JBAproductions pour intégrer Point du Jour.
Kim s'installe à Paris avec sa famille. Nous nous installons, lui et moi, dans un bureau à l'étage. Il nous faudra presque un an pour mettre au point les premières émissions. Test de la machine avec des gens de France Télécom pour qui c'était une première, tournage à deux caméras de chaque côté avec des Time code synchrones, son direct entre les deux personnages, pistes son des traducteurs dans les deux sens, sans compter les lignes d'ordre. Un vrai casse tête technique.C'est ainsi d'ailleurs que j'ai disposé dès le début de 1992 d'un mail et d'un accès internet. Il suffisait avec un modem d'appeler un numéro aux USA !
En un peu plus de 2 ans nous avons tourné douze émissions produites à partir de : Aberdeen, Arizona, Belgrade, Berlin, Brooklyn, Canada, Chili, Concarneau, Gennevilliers, Jerusalem, Johannesburg, Lyon, Marseille, Munich, New-York, Paris, Mogadiscio, Toulouse, Varsovie, Zagreb…
Et souvent, c'étaient de folles aventures
Par la suite, nous avons utilisé ces techniques pour faire dialoguer à distance serbes, bosniaques et croates juste à la fin du siège de Sarajevo.
Chaque jour pour Sarajevo – Au coeur du siège (1993/1995)
Après moi le déluge…
Il y avait une très bonne ambiance à Point du Jour, très professionnel(le)s pour la plupart, ils, elles formaient aussi un groupe de camarades. Juste après Sarajevo, je quitte assez brutalement Point du Jour, où j’étais resté quatre ans pour travailler en Guinée Bissau sur un film de fiction*. Cette bande de cinglé(e)s tourna ce petit film en mon honneur, une forme de gentille critique d’un départ.
Guinée Bissau – Po di sangui 1996
Je quitte Point du Jour après ces fortes aventures car JP Gallepe produit le fim d’un réalisateur en Guinée Bissau. Je passe quelques semaines là-bas pour lancer la production, mais l’annonce du décès soudain de ma mère met fin à l’aventure et me fais retourner en toute hâte en France.
Internews – Les tribunaux pénaux internationaux (1996 – 1997)
De retour en France, je monte avec Patrice Barrat la société Internews Europe, en partie avec l’ONG américaine Internews. Mais au bout de quelques mois, les rapports se tendent et je m’en vais, d’autant que mon travail n’était pas passionnant. C’est alors que le patron d’Internews, l’Américain David Hoffman me propose de travailler pour lui. Il m’invite d’abord à New-York puis à Arcata, une minuscule ville baba cool dans le nord de la Californie, pour faire connaissance avec la société.
Il m’annonce que le tribunal pénal International pour l’ex-Yougoslavie se met en place, et qu’il a obtenu des fonds pour transmettre les images du procès vers les pays de l’ex-Yougoslavie et me demande de m’occuper de ce projet.
Monter une équipe de journaliste avec un traducteur, trouver un lieu pour travailler, pour se loger, assurer la pérennité technique et humaine du travail. Je passerai un an et demi entre Paris et La Haye. Nous relaierons d’abord l’intégralité des séances pendant plusieurs mois, puis un résumé quelques heures par jour.
Les fonds s’épuisent, le procès s’éternise.
David me demande de faire le même travail auprès du Tribunal International pour le Rwanda qui s’installe à Arusha en Tanzanie. Je rencontre le ministre de l’information rwandais à Kigali, obtiens son accord. Je négocie des locaux au sein même du tribunal, embauche un journaliste burundais, puis un autre, un assistant, loue un appartement, décide des investissements matériels. Il ne s’agit plus d’image, mais de son. Nous envoyons via téléphone (encore un challenge technique à l’époque) des résumés quotidiens pour Radio Rwanda qu’ils enregistrent sur un magnéto.
Pendant plus d’un an, je ferai des allers et retour entre Nairobi, Kigali, Arusha et Paris. Mais les rapports se tendent avec le Rwanda qui admet de moins en moins notre façon de rendre compte. Un jour à Paris, j’apprends par un fax que je suis viré du projet, car j’ai l' »attitude hostile d’un français » à l’égard du gouvernement rwandais.
David me remplacera par un américain…
Le même jour, dans le même bureau, je reçois un coup de fil de Bernard Stiegler…
1997- Tribunal Pénal International sur le Rwanda – Diffusion d’un résumé des audiences sur Radio Rwanda
1996 – Tribunal Pénal International pour les crimes de guerre en Ex-yougoslavie – Diffusion de l’intégrale des séances filmées vers la Croatie, la Serbie et la Bosnie.
INA – Studio Hypermedia (1998 – 2005)
Les grands entretiens (2000 – aujourd’hui) Entretiens longs synchronisés et cherchables
Jalons pour une histoire du temps présent (2005 – aujourd’hui) Banque d’images pour l’histoire contemporaine
DVD Rom Images de guerre (2004) Une énorme collection d’archives de la guerre 1939-1945
Apprendre la télé (2003) Comparaison de 7 journaux télévisés du même jour pour en comprendre la structure
1+1 (2002) Autour d’un film pour Arte, les rushes organisés pour élargir et approfondir le sujet
EDUm@g (2006) – Webmagazine – 40×5′ – actualités éducatives
Génération de Gaulle (2007) – 10 films courts sur la vie vers 1950
La Wisionneuse (2009) – Visionneuse vidéo avancée en marque blanche
Vinz et Lou et le Handicap (2010) – Dessins animés pédagogiques sur la différence
Antigone-en-ligne (2011) – Site web, vidéos – Théâtre – comparer des mises en scène
Graines d’étoiles – 2012 – 6×26′ – ArteMa dernière aventure de production exécutive en audiovisuel pour la télé. ARTE, Opéra national de Paris, NHK
Videotactiles (2016) – vidéos Sciences de la terre pour la classe – pour tablettes tactiles
Fovéa – 2019 – Arte – vidéos pour classes inclusives
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